Une situation violente ou non lors d'une manifestation justifie-t-elle de moyens lacrymogène?


@Charlie Garcia

De semaines en semaines, la France connaît une vague de manifestations populaires qui ont ébranlés le quiquennat Macron. Durant ces manifestations, les violences policières fûrent légions et sont toujours légions.

Des personnes à mobilité réduite, des enfants fûrent l'objet de ces dites violences. J'ai presque couvert l'intégralité de ces manifestations pour Infoline, média indépendant. J'ai vu des choses traumatisantes et je pèse mes mots.

Samedi dernier, le 11 janvier, j'ai été confronté à un niveau de violence insoutenable, si bien que je fus dans l'obligation de poser mon appareil photo, de m'asseoir et de pleurer. Je me souviendrai à jamais des cris de ces enfants, de ces bébés suffocants sous les gaz lacrymogènes, qui n'avaient commis pour seul crime d'avoir accompagné leurs enfants en ville après une longue semaine d'école.

Je me souviens de ce petit garçon, pris en charge par les street medics, un masque en papier au visage. Certains militants En Marche diraient qu'il n'avait rien à faire là, que ses parents sont irresponsables de l'emmener en ville quand d'autres leur répondraient que ce serait anormal de changer nos habitudes à cause de la brutalité policière.

En l'occurence, ce petit bout de chou en parka rouge et ses parents n'étaient même pas au courant qu'il y avaient une manifestation ce jour là. J'ai pu parler avec eux, ils ne parlaient pas français, ils ne parlaient que l'arabe littéraire, fort heureusement, il se trouve que j'ai appris l'arabe et que j'en connais les fondamentaux.

Ils me disaient, la voix enrouée, les yeux dégoulinants, le teint rouge de lacrymos, qu'ils étaient en vacances. L'argument En Marche ne fonctionne pas de ce cas de figure. J'ai également vu, place Saint Georges, des enfants courir suite à des jets de grenades lacrymogènes lancées par les brigades à moto. Ils s'amusaient et 5 minutes après ils hurlaient de douleur, crachaient leurs poumons et pleuraient comme ils n'avaient jamais pleuré.

Je me souviens de regard de cette petite fille quand un policier a tenté de l'éloigner des gaz. Elle avait peur. La peur se voyait sur son visage. Avait-elle peur du policier? Était-elle effrayée par la situation ? Les deux peut être, je ne sais pas.

Quelques semaines auparavant, j'ai vu un parc d'enfants sous les pluies de lacrymogènes. Des enfants en poussette, des enfants encore avec leur tototte.

La question est la suivante : Est-il proportionné de jeter des grenades lacrymogènes même si les manifestants sont véhéments lorsque de lourds dommages collatéraux peuvent être causés ?

Selon l’article 431 -3 du Code pénal, « la force déployée doit être proportionnée au trouble à l’ordre public et doit prendre fin lorsque celui-ci a cessé ». Une circulaire du 8 novembre 2012 de la Direction de la Police nationale adressée aux directeurs zonaux de CRS, aux commandants de compagnies et aux directeurs des centres de formation donne des éléments sur l’« emploi de la force en maintien de l’ordre » et rappelle que « le recours à la force et a fortiori de la force armée sera effectué selon un impératif constant de proportionnalité et devra cesser dès lors que les agresseurs auront été dispersés ou interpellés ».

Voilà ce que dit la loi. Mais la loi doit-elle primer sur le discernement des forces de maintien de l'ordre ? "Il faut parfois utiliser la force pour ramener l'ordre, et il ne faut pas en avoir peur", répond Edouard Philippe sur les violences policières. Le premier ministre rappellait hier que nous pouvions aussi les qualifier de "gardien de la paix". Peut on parler de gardien de la paix lorsque des enfants crient et suffoquent sous le cyanure des gaz ? Est-ce sa vision de la paix ?

Ils me qualifieront de "journaliste militant" certainement. Est-que raconter ce que l'ont voit est militant ou bien est-ce que parler de ce que l'on ne voit pas avec un à priori l'est un peu plus ?

Si rapporter les faits observés sur le terrain est un acte militant, alors je suis un journaliste militant et j'en assume pleinement le qualificatif.


Charlie Garcia,

Infoline,média indépendant


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