Toulouse: Reportage, avec les réfugiés



Reportage en immersion

Journaliste Nadège, Charlie et Thomas

Prise de vue Thomas et Charlie

Vidéo Thomas


La situation :


A Toulouse un très grand squat avec 600 personnes dedans a pris feu le 4 février 2020 par chance il n'y a eu aucun blessé mais les "sans abris" ont tout perdu, affaires, matelas, photos, papiers et bien d'autres choses. La mairie de Toulouse en a mis une partie, d’abord dans des gymnases puis par la suite au parc des exposition hall 8.


Beaucoup n'y sont pas restés mais pourquoi ?


Nous avons appris par plusieurs personnes qu'ils ne mangeaient qu'une seule fois par jour sachant qu'il y a aussi des enfants et des femmes enceintes et que surtout il y a eu une mise en place d'un système de recensement.

Beaucoup de réfugiés ont pris peur, ils ont donc préféré partir.


@ Marie L / Infoline

L’arrêté anti-bivouac du maire de Toulouse Jean-Luc Moudenc.


Le maire de Toulouse ne veut plus de tentes de sans-abri sur les trottoirs du centre-ville, en effet Toulouse devient de plus en plus économiquement un repère, alors il faut une ville "propre".

Début septembre 2019 Monsieur Jean-Luc Moudenc maire de Toulouse a donc pris un arrêté anti-bivouac et voici ce que ça donne:


- la police municipale peut verbaliser et provoquer une saisine de la police nationale pour des contrôles d'identité ou en l’occurrence voir aussi qui est " sans-papier"

-une amende de 500 euros, et la destruction des tentes.


Les associations dénoncent ici une honte humanitaire, ils ne comprennent pas comment on peut faire cela à des gens qui n'ont déjà plus rien.

Ils nous expliquent aussi que le problème c'est que la mairie vire les "sans-abri" mais ne trouve pas de solution réelle.


Des bâtiments qui pourraient être réquisitionnés.


A Toulouse il y a énormément de bâtiments vides depuis plusieurs mois voire même plusieurs années comme celui de la rue cité administrative à Toulouse, qui lui, est vide depuis selon nos sources 5 ans. Des bâtiments qui pourraient très bien convenir pour les sans-abri, et donc "vidé" les rues comme le maire le souhaite de tous les sdf .

Mais non, selon plusieurs personnes la plupart des bâtiments étant en centre-ville cela ferait "tâche" pour la merveilleuse ville rose. Imaginez-vous des centaines et des centaines de sans abri en plein centre-ville......

Pourtant même dans la périphérie nous savons qu'il y a des bâtiments vides, nous avons enquêté.


Alors pourquoi ne pas les réquisitionner et en faire des centres ?


La réponse est toute simple, la plupart sont d'ordre privé, ils appartiennent soit à des entreprises, soit à des personnes qui n'ont nullement envie de voir des "réfugiés, migrants et sfd" dans leurs locaux. Quant aux bâtiments administratifs vides de la mairie depuis 5 ans, le discours est quasiment le même selon plusieurs sources, la preuve puisque la bâtiment rue de la cité administratives a été expulsé en 20 minute le lundi 10 février.


Un nouveau squat au Mirail sous tension.


Nous avons été appelés pour couvrir une éventuelle expulsion d'un nouveau squat qui a été ouvert Samedi 8 février à 17h pour les réfugiés du squat avenue de Muret qui a brûlé. Le bâtiment en question est vide depuis plus de deux ans selon les habitants alentours, aucune activité décelée à notre arrivé sur les lieux, aucun meubles et les boites aux lettres sont totalement vides, les derniers courriers jonchant le sol datent de Juillet 2017 et ne sont pas ouverts.

A partir de cette heure-ci (17H) le squat est "expulsable" durant 48h, passé ce délai cela devient plus compliqué car il faut passer par le tribunal avec des documents et cela est bien plus long. Les réfugiés ont donc 48h de tension non-stop, de peur et surtout malgré tout ils peuvent enfin dormir.

Enfin dormir est un bien grand mot, certain réfugiés nous font visiter le bâtiment, ils nous montrent "les chambres" en réalité juste un bout de tissu en guise de matelas.......

Mais pour eux ce n'est pas si "important" ils ont un toit, le chauffage et un peu de nourriture.

Tout est plutôt bien organisé malgré l'urgence de la situation, une petite cantine est installée, les produits reçus en dons sont rangés par sorte et en ordre dans les placards de la petite cantine, produits d’hygiènes ensemble, produit bébé ensemble etc.....

Tout en nous expliquant et en nous faisant visiter ils nous expliquent aussi un peu leurs histoires, certaines bien plus dramatique que d'autres et pourtant ils sont là à garder le sourire et même à faire des blagues. Grace au gens de l’extérieur ils se sentent mieux pendant les 48h, ils se sentent en sécurité et surtout ils trouvent du plaisir à discuter, rire et jouer.

Tout le bâtiment est fait avec de la moquette au sol, alors un des réfugiés nous dit que cela serait super d'avoir un petit aspirateur pour pouvoir faire un peu de ménage. Nous prenons note, puis petit à petit finalement nous notons tous ce dont ils auraient besoin après les fameux 48h.

Nous y retournons Lundi 10 février à 11h30, nous discutons, certain se sont réveillés à 4h du matin au cas où les crs arriveraient mais rien. Cela va être long pour eux jusqu'à l'heure fatidique de 17H.

Des camions de Crs tournent, ce qui rend la situation bien plus compliquée, comme si les forces de l'ordre "narguaient" le squat. On voit dans leurs yeux la peur d’être une fois de plus expulsés, et puis nous nous rendons compte qu'il y a des enfants, des bébés et des femmes enceintes.

Nous n'avons alors qu'une expression "la misère" elle est là devant nos yeux. Malgré tout il est 16H00 un petit foot entre les réfugiés et les personnes extérieures s'improvise, rigolade et bonne humeur, un médiateur du Mirail est là aussi, il explique que si il y a besoin d'aide ils sont là mais aussi si il y a besoin d'une camionnette pour faire venir du matériel il y a aussi, cela redonne beaucoup d'espoir.

17h le squat est ouvert officiellement, maintenant ils peuvent respirer et souffler mais surtout s'installer convenablement, ils nous expliquent avoir besoin d'un frigidaire pour pouvoir mettre le frais, de plaques électriques pour cuisiner, de produits d'hygiène, et surtout des produits alimentaires et non alimentaires pour les enfants et bébés. Niveau meubles pour les associations il leur faut des matelas et des couvertures, le reste n'est qu'optionnel. Petit à petit tout commence à se mettre en ordre, et nous comprenons bien vite pourquoi les CRS ne sont pas intervenus dans ce squat-là.....


@ Nadege Picard / Infoline

@ Nadege Picard / Infoline

@ Nadege Picard / Infoline

Évacuation manu militari du squat de la cité administrative.


Nous recevons un message :


URGENT, besoin de renforts MAINTENANT au métro COMPANS CAFFARELLI rue de la Cité Administrative, 31000 Toulouse. Il faut empêcher l'expulsion d'un nouveau squat accueillant une partie des 600 réfugiés et sdf à la rue à la suite de l'incendie du bâtiment avenue de Muret.


Nous comprenons alors que si le squat du Mirail n'a pas été expulsé c'est qu'ailleurs cela serait fait. En centre-ville comme dit plus haut il y a un bâtiment de la mairie de Toulouse qui est vide depuis environs 5 ans selon nos sources et les habitants.


Nous savons aussi que depuis plusieurs mois y sont logés des SDF. Mais une action jugée risquée par beaucoup va mettre en péril tout le monde. En effet ils souhaitent aussi y mettre les réfugiés du squat de l'avenue de Muret mais sans vraiment s'y connaitre. Il faut savoir que ce bâtiment se trouve en plein milieux de Toulouse, il y avait environ 200 personnes dedans.

Mais rien à voir avec le squat du Mirail, ici les sourires n'y sont pas, les réfugiés n'ont pas dormi, pas mangé, ils ne savent pas où aller et commencent à être à bout.

Les sdf déjà sur place depuis quelques temps ont peur que la venue subite de toutes les personnes pause un problème: c'est à dire l'expulsion.


Les forces de l'ordre sont déjà sur place et en nombre, finalement on comprend vite que peu importe la mobilisation qui sera faite il y aura expulsion. Certains ne comprennent pas pourquoi ils ne peuvent pas rester, d'autre préfèrent quitter les lieux.


@ Thomas CaZ / Infoline

Des personnes essayent tant bien que mal à parler et négocier avec les forces de l'ordre mais visiblement ils ont eu des "ordres" et surtout ils ont laissé le squat du Mirail tranquille donc ici personne n’a rien à dire, ça sera tout le monde dehors. Un policier commence à "menacer" que si en 20 minutes tout le monde n'est pas parti alors ils utiliseront la force, que pour le moment il n’y a pas de violence mais qu'il ne faut pas abuser trop longtemps.


20 minutes pour 200 personnes dans un bâtiment de plusieurs étages !!!

20 minutes pour faire comprendre à des gens fatigués qu'ils doivent partir au risque d'aller en prison, 20 minutes pour essayer de se faire comprendre aux personnes qui ne parlent pas Français.

20 minutes pour dire aux SDF qui étaient là depuis plus de deux mois qu’eux aussi doivent quitter les lieux et rapidement. Il est évident que cela ne pouvait pas se passer dans le calme et sans énervement.


Les forces de l'ordre entrent dans le bâtiment, l'assaut est donné, ils vérifient étage par étage qu'il n’y a plus personne, on entend des bris de verre, et de casse effectués par les forces de l'ordre avec au sixième étage des flashs. Nous ne savons pas vraiment ce qu'ils y font nous ne pouvons pas entrer dans le bâtiment.


Video Thomas Caz / Infoline

@ Thomas Caz / Infoline

Une personne nous interpelle ils nous expliquent: "ce bâtiment de la cité a été occupé pour héberger les migrants du squat de l'avenue de Muret, rapidement les forces de l'ordre ont ouvert le Mirail et Blagnac, le bâtiment de la cité a été dégagé , ce soir la misère a chassé la misère, les sdf avaient moins de deux minutes pour partir alors qu'ils logeaient ici depuis deux mois , ils n'ont même pas pu prendre leurs affaires, M. Moudenc met des amendes de 500 euros pour stationnement abusif et il y a un arrête anti-bivouac"


Un poignant témoignage, mais aussi deux sdf avec des chiots qui se sont fait virer en quelques secondes ils n'ont pas eu le temps de prendre leurs affaires, leurs papiers d’Identités ni les croquettes, ils ont demandé juste après aux policiers si ils pouvaient les récupérer mais on leur a refusé l’accès, mais comment peut-on faire cela, laissez une personnes sans ses papiers et sans vêtement.

Dans une de nos vidéo on peut entendre les policiers entre eux "déconner" sur l'expulsion, comment rire d'une situation de misère que nous dénonçons:



L'expulsion terminée, les forces de l'ordre postent des agents de sécurité au cas où les "sans-abri" reviennent.


Vidéo interview de Thomas Caz / Infoline

Mais où vont aller les personnes de la cité administrative ?


Selon plusieurs personnes interrogées, beaucoup sont dehors et auraient passé la nuit à même le bitume et sans leurs affaires. Une situation anormale, encore des centaines de personnes en plus dans les rues de Toulouse alors qu'elles avaient un toit depuis plusieurs mois. C'est incompréhensible….


@ Thomas Caz / Infoline

Avec ce reportage nous avons beaucoup appris mais nous avons aussi vu l'entraide entre personnes. Nous avons aussi vu que malgré la situation il y a aussi de l'amour et de l'amitié.


Nadege Picard

Charlie Garcia

Thomas Caz

Infoline, média indépendant










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