• Agnès Robini

Le Texas rend l'avortement "provisoirement" illégal

Le Texas fait un bond en arrière de presque cinquante ans en interdisant aux femmes d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse (IVG) pendant toute la durée de l’épidémie de Covid-19. D’après Ken Paxton, procureur général de l’État du Texas, cette suspension des procédures “non-urgentes” vise à conserver le matériel médical nécessaire aux soignants et aux hôpitaux accueillants des malades du Coronavirus. 



"Conservez l'avortement légal", “Ne me piétinez pas”, slogan lors d'une manifestation à Dallas, début mars

© AP Photo/Jacquelyn Martin


Un retour en 1973


Le 23 mars dernier, le procureur général et membre du parti conservateur, Ken Paxton, annonçait la suspension de toutes les interventions médicales jugées non-prioritaires, face à l’épidémie de Covid-19 et au manque de matériel médical. S’en suit alors une bataille judiciaire et politique entre pro-choice et pro-life. Le 30 mars, Lee Yeakel, juge fédéral à Austin, bloque les restrictions de Paxton et déplore la volonté du Texas “d’empêcher les femmes d’exercer ce que la Cour Suprême a déclaré être un droit constitutionnel fondamental”. Malgré cette mise en garde du juge fédéral, Ken Paxton fait appel de cette décision et obtient gain de cause, se réjouissant que le Texas “place les bonnes priorités dans l’attributions des équipements de protection pour les soignants”. Sont alors prévus 1.000 $ d’amende et 180 jours de prison en cas de non-respect de ces mesures, rendant l’IVG "provisoirement" illégal dans un État américain, une première depuis 1973. Cependant, le Texas, tout comme ses voisins du sud, n’en est pas à son coup d’essai en matière de restrictions d’accès à l’avortement.



Des lois de plus en plus restrictives 


Dès 2013, la Texas House Bill 2 décrétait l’interdiction aux femmes d’avorter après vingt semaines à partir de la fécondation, prévoyant également des conditions médicales strictes à la pratique de l’IVG, comme la présence d’un hôpital à moins de cinquante kilomètres en cas de complications durant l’intervention. Cette loi s’appuie, selon ses défenseurs, sur des études scientifiques prouvant qu’après vingt semaines, le foetus ressentirait la douleur. Aujourd’hui, la moitié des centres ne pratiquent plus l’IVG et on estime à 22,000 le nombre de femmes n’ayant plus accès à l’avortement au Texas, depuis le durcissement de la législation. L’État comptait 42 centres en 2013, contre 19 aujourd’hui, tandis que 5,4 millions de femmes “en âge de se reproduire” vivent au Texas. Depuis 2017, l’IVG n’est plus pris en compte par l’assurance maladie dans cet État. 

Carte des centres pratiquant l’IVG avant (gauche) et après (droite) la mise en place de la Texas House Bill 2, en 2013

© Ryan Murphy



Les femmes livrées à elles-mêmes


Selon le discours officiel, seules les interruptions volontaires de grossesse “médicalement nécessaires”, afin de préserver “la vie de la mère”, seront pratiquées. Heather Astrip, 30 ans, fait partie des femmes concernées par cette exception. Pourtant, la veille de son intervention, elle reçoit un appel de la clinique l’informant que son avortement n'aura pas lieu, tandis que sa grossesse est jugée “à hauts risques” par les médecins. Elle déclare dans les colonnes du Texas Tribune : “Je suis devenue si désespérée que j’ai essayé de provoquer moi-même ma fausse-couche, ce qui, avec du recul, est extrêmement dangereux”. Pour Heather, les centres pratiquant encore l’IVG au Texas sont comparables à des “purgatoires”. Depuis quelques jours, elle multiplie les appels aux centres pratiquant l’IVG dans les États voisins, comme le Nouveau-Mexique et l’Arkansas, afin de pouvoir avorter dans un cadre sécurisé et sécurisant.



Agnès Robini, Thomas Saly

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