Covid-19 : un bilan qui s’aggrave en prison.

Un homme d’une cinquantaine d’années travaillant comme surveillant à la prison d’Orléans-Saran alors qu’il était en arrêt depuis plusieurs jours, annonce le ministère de la Justice. N’ayant pas été testé, mais présentant des symptômes correspondant au Covid-19, le ministère n’a pas encore confirmé le lien entre ce décès et le coronavirus. Ce jeudi, la garde des Sceaux Nicole Belloubet précise qu’il y aurai environ 450 détenus présentant des symptômes qui sont actuellement « confinés dans des ailes aménagées à cet effet », tandis que 10 détenus ont été testés positifs. Concernant les personnels, un bilan dressé mardi faisait état de 24 cas avérés et 595 agents « en quatorzaine ».


Image d'illustration (photo : falco ; montage W. Aulner)

Depuis le début de la crise du Covid-19 et les premiers cas de contamination en France, les prisons françaises font face à une série d’incidents liés à l’épidémie. Avant même les annonces du président concernant le confinement le 16 mars, on recensait deux cas de contamination au Covid-19 chez des infirmières de l’administration pénitentiaire et un premier décès du côté des détenus, posant la question de l’exposition non seulement des personnels mais aussi des détenus dans ces milieux confinés que sont les établissements pénitentiaires.


A la suite des annonces du Président de la République, des mesures ont été annoncées par la ministre de la Justice, mettant notamment en suspend les visites au parloir et un certain nombre d’activités socio-culturelles. Les promenades, les cantines alimentaires, d’hygiène et de tabac, ainsi que certaines activités de formation et de travail ont cependant été maintenues. Pourtant, de la même manière qu’en Italie il y a deux semaine, de nombreuses prisons ont été secouées par des mouvements de protestation chez les détenus, allant du refus de regagner leur cellule à la mutinerie.

On compte ainsi plus de 12 incidents dans des prisons différentes, dont trois mutineries ayant causé des dégâts matériels rien que pour la journée du 22 mars, nécessitant l’intervention des ERIS (équipes régionales d'intervention et de sécurité), unités d’intervention spécifiques, créées en 2003 par le préfet et directeur de l’administration pénitentiaire Didier Lallement.


Le SNPFO, syndicat majoritaire des personnels de surveillance parle à ce sujet de « journée noire » et dénonce des conditions de travail compliquées face à la surpopulation et au manque de moyen.

Le 23 mars, suite à un entretient avec les syndicats, la Ministre de la Justice a affirmé que l’État ne disposait pas d’un nombre de masques suffisant pour en fournir aux personnels, promettant de demander à la direction de l’administration pénitentiaire de ne pas sanctionner ceux qui viendraient travailler avec des équipement de protection personnels. Dans la continuité, le ministère a aussi annoncé la libération de 5000 détenus en fin de peine, en dehors des personnes incarcérées pour faits de terrorisme, de violences conjugales, ou celles qui sont visées par des procédures criminelles. De plus, des dispositions ont été prises par l’exécutif pour « “retarder ou de suspendre les peines de courte durée. Ce qui a permis de réduire les admissions quotidiennes en prison de 200 à 30”.


Des mesures qui permettent de désengorger partiellement le système carcéral afin de réduire les risques de contamination, mais qui peuvent paraître minces puisque d’après l’observatoire international des prisons, le taux d’occupation des maisons d’arrêt est de plus de 120 %, cela correspondant à 10 000 personnes en surnombre sur les 70 651 personnes détenues en France dans 188 établissements.


Le SNPFO, lui, appelle les personnels de surveillance à retarder leur prise de service en signe de protestation contre leurs conditions de travail, estimant que les échanges du 23 mars avec la ministre et le directeur de l’administration pénitentiaire n’ont donné « rien de concret pour la sécurité des Personnels pénitentiaires et aucune proposition forte retenue pour endiguer cette pandémie ».




Wladislas Aulner

Infoline Media Independant

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