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Alexandre Benalla : la stratégie médiatique de l’insolence.

Alexandre Benalla : la stratégie médiatique de l’insolence.


Source : @benallaoff sur Twitter


Après seulement cinq mois d’activité sur Twitter, Alexandre Benalla ne cesse de faire parler de lui en enchainant les tweets polémiques, de ses réponses à des articles de presse à ses propos sur la colonisation en passant par l’annonce de son rapprochement avec Joachim Son-Forget, député très actif sur le réseau social et ayant déjà une certaine expérience dans le domaine du « buzz ».


Ce compte, il l’a ouvert un an jour pour jour après avoir été exposé dans les médias pour « l’affaire Benalla » du 1er mai 2018 et ses nombreux rebondissements. Ce n’est pas un hasard si cette inscription coïncide avec cet anniversaire, car on peut supposer que l’ancien chargé de mission auprès du cabinet de la présidence a choisit de s’octroyer un support d’expression en prévision du retour des médias sur les accusations le concernant un an après la révélation des faits.


Son premier tweet s’engage dans ce sens puisqu’il consiste en un partage d’un entretien qu’il a accordé au Nouvel Economiste publié la veille : il cherche alors à médiatiser son discours, dans lequel il affirme être alors centré sur les affaires de son entreprise « de sécurité et d’intelligence économique » Comya. Mais très vite, il commence à répondre à ses détracteurs, revenant sur son passé de scout européen en publiant une photo de lui encore enfant pour prouver qu’il était bien membre de cette organisation. Cependant, sa stratégie bascule rapidement vers un ton partagé entre humour et moralisation, comment en témoignent ses échanges avec Nadine Morano lorsqu’il raille ses fautes d’orthographes et se moque de la député des Républicains en partageant un GIF qui la montre dansant en boucle.

Alexandre Benalla utilise alors Twitter comme un médium lui permettant de répondre avec un certain mépris aux personnalités politiques et aux journalistes qui parlent de lui. Il s’en prend notamment à Fabrice Arfi, journaliste responsable du pôle investigation à Mediapart, en l’accusant de mentir, ou du moins de présenter les faits sous leur jour le plus sombres. Certainement inspiré par les « trolls » d’internet, de la même manière que Joachim Son-Forget, il tente de décrédibiliser ses détracteurs en répondant sèchement ou sur le ton de l’humour.


Cependant, sa stratégie évolue lorsque, par exemple, il provoque Renzo Gracie, pugiliste brésilien s’en étant pris verbalement à Emmanuel Macron après les échanges houleux entre le président de la République et le Jair Bolsonaro, populiste et polémiste fraîchement élu à la tête de l’Etat brésilien. Benalla prend alors la défense de son ancien supérieur EM, en invitant Gracie à un combat en « octogone », pastichant les rappeurs français Booba et Kaaris qui ébranlèrent la twittosphère francophone en annonçant la possible tenue d’un tel combat entre eux. C’est avec humour, mais non sans sérieux que Benalla fait alors parler de lui, puisqu’il prend soin de traduire ses tweets en portugais ou en anglais, moins pour le destinataire du message (qui malgré la pauvreté de ses propos, semble tout de même en mesure d’utiliser Google traduction), que pour les journalistes étrangers qui s’intéresseraient à cet échange entre personnalités controversées.


Il ne s’agit plus alors seulement pour Alexandre Benalla de répondre aux accusations, mais de faire parler de lui autrement que dans le cadre de « l’affaire », c’est-à-dire de noyer la polémique précédente sous une autre et ainsi de suite, jusqu’à ne plus être qu’un élément du paysage du Twitter francophone. En jetant un œil aux statistiques de son compte, on peut dégager les grandes tendances, les phases de sa stratégie.



Source : Social Blade, consulté le 22 décembre 2019


D’abord, en ce qui concerne la fréquence des tweets, donc la fréquence de sa présence active sur le réseau social, on constate que dans un premier temps il publiait peu de tweet, mais que son nombre d’abonnées supplémentaires par mois ne cessait d’augmenter : il attirait alors beaucoup l’attention des utilisateurs alors qu’il postait peu car non seulement son inscription elle-même suscitait leur intérêt, mais aussi et surtout parce que sa stratégie de réponse provoquait de nombreuses interactions (retweets, likes, commentaires).S’il gagnait alors beaucoup en visibilité, c’était essentiellement pour des questions relatives à « l’affaire » qui était alors remise en lumière, ce qui lui a permis d’acquérir une audience considérable, mais surtout de faire parler de lui (et de sa société) au-delà de Twitter via la presse, la radio et la télévision.


A partir de septembre, sa stratégie évolue, notamment avec le cas Renzo Gracie, qui constitue un des plus gros pics en termes de gains d’abonnés. Benalla utilise twitter de manière plus classique, retweetant des informations sportives, des extraits d’émissions, s’affichant avec humour face à Joachim Son-Forget, mais il rédige aussi de nombreux tweets plus sérieux concernant l’actualité, répondant à des personnalités politiques ou des journalistes, ou encore évoquant les badauds qui lui témoignent leur soutient. Il se désabonne d’une centaine de comptes juste avant le 2 octobre, où il publie un photomontage où il se montre en maire, pour annoncer sa potentielle candidature à la mairie de Saint-Denis. Noyé sous les nombreux tweets de fin septembre, qui ont ralenti la croissance de son nombre d’abonnés (même s’il continue à augmenter), cette annonce passe relativement inaperçue... Or, dès ce jour, Benalla tweete beaucoup moins régulièrement, même après l’annonce de la sortie de son livre, son interview sur Brut, ses changes virulents avec le journaliste Taha Bouhafs ou ses propos critiquant vivement la grève générale.

Début décembre, Benalla peine à faire parler de lui, malgré le placement en garde à vue de Vincent Crase, qui fait succinctement ressortir l’affaire dans les médias.

C’est alors que le 22 décembre, sans même répondre à un tweet, Alexandre Benalla évoque la colonisation comme un bénéfice pour les pays colonisés. Son nombre de tweets par jour explose, tout comme le nombre de followers gagnés par jour : il réussit à attirer à nouveau l’attention sur lui à un moment clé de calme avant les fêtes, alors que la grève occupe les top tendances depuis plusieurs semaines. Il veut que l’on parle de lui et ça fonctionne, car la formulation très polémique provoque de nombreux débats et que le rapprochement de JSF avec Marion Maréchal Le Pen, lui-même proche de Benalla, génère de nombreuses interactions sur les réseaux sociaux.


En échangeant avec des journalistes comme Taha Bouhafs ou Gaspard Glanz, il fait encore parler de lui, et suspend son compte encore une fois avant de changer son identifiant pour « @benallaoff », faisant de « @Abenalla_ » un compte privé verrouillé. En créant un compte avec son ancien identifiant, il empêche la création d’un faux compte à ce nom tout en s’octroyant la possibilité de se renommer avec le suffixe « off », rajoutant à sa description « conférencier et consultant » : la transition est achevée, son compte twitter ressemble à celui de n’importe quelle personnalité médiatique et il est constamment cité sur les différents réseaux sociaux pour ses propos polémiques ou ironiques.


Alexandre Benalla, a réussi à mener à bien sa stratégie de « contre-communication » en s’appuyant sur l’audience que constitue ses détracteurs (le proverbe disant que « l’ennemi de mon ennemi est mon ami semble être de circonstance). Ainsi, le 20 janvier 2020, en intervenant sur la chaîne BFM en tant qu’expert dans le domaine de la sécurité du président et en le partageant sur les réseaux sociaux, la scène ne choque pas, tant on peut être habitué à ses tweets polémiques. On peut donc se demander si l’ancien chargé de mission auprès du cabinet présidentiel, à l’avenir, va se voir ouvrir d’autres fenêtres d’exposition médiatique sinon en tant qu’ « expert », en tant que personnalité polémique, mais plus en tant qu’ancien collaborateur d’Emmanuel Macron ayant outrepassé ses fonctions et étant impliqué dans des affaires nébuleuses …



Wladislas A.

Infoline, média indépendant.