Affaire Griveaux : et si ce n’était que le début ?

Le 14 février 2020, la tête de liste de LaREM à Paris pour les élections municipale, Benjamin Griveaux retire sa candidature à la suite de la publication d’une vidéo et d’une correspondance privée à caractère sexuel. Un fait lourd de conséquences, qui interroge l’avenir du débat public.


Crédits photos : Jacques Paquier, Flickr


Il a fallu seulement quelques heures pour que B. Griveaux retire sa candidature à la mairie de Paris. Du jamais vu en France. Si l’on avait déjà été confronté à d’autres scandales ébranlant la carrière de personnalités politiques ou à des faits d’exposition de leur vie privée, cette affaire, elle, marque tant par ses conséquences directes que par l’indignation qu’elle a suscité. De la gauche à la droite, la condamnation est presque unanime.



Piotr Pavlenski, artiste russe à l’origine de la diffusion de ces images issues d’échanges entre Alexandra de Taddeo, sa compagne, et B. Griveaux en 2018. Les liens entre la jeune femme, l’artiste Russe et l’avocat Juan Branco posent question, notamment parce que la jeune femme aurait aussi contacté d’autres potentiels candidats à la mairie de Paris comme Gaspard Gantzer, ancien conseiller de François Hollande. Mais au-delà de la question de la préméditation de la démarche, subsiste un élément essentiel, celui du passé sur internet.


On le sait, internet n’oublie rien, ou presque. Aussi, la génération de personnalités politiques précédant B. Griveaux n’a pas connu les réseaux sociaux avant d’être au pouvoir, ou du moins d’avoir sérieusement entamé une carrière politique. Ces personnes, qui ont aujourd’hui plus de 40ans s’exposent donc consciemment à des risques touchant à leur pratiques sur ces plateformes de communication. Un tweet injurieux, une photo qui peut être détournée, la publication d’une conversation privée, toutes leurs interactions sur les réseaux sociaux peuvent être rapidement reprises, modifiées et diffusées massivement.


Ce risque concerne différemment les personnes plus jeunes, qui ont grandit, au moins depuis leur adolescence, avec ces nouvelles techniques de communication, car tout ce qu’ils ont pu publier ou partager sur internet de manière publique, voire de manière privée, peut se voir réapproprié par des personnes ou des institution souhaitant leur nuire ou les menacer. Cela ne concerne pas que des individus isolés, on peut tout a fait imaginer qu’une puissance étrangère, moyennant des piratages ou des échanges financiers puissent se procurer des dossiers compromettants (les fameux Kompromat à la russe), de manière très aisée et rapide. Dans le même ordre d’idées, si une grande entreprise, notamment du domaine d’internet, envisageait faire pression sur un chef d’État ou un ministre, il leur suffirait de fournir directement ou indirectement les informations de leurs banques de données à des personnes malintentionnées, par exemple des opposants politiques, pour déstabiliser un gouvernement ou pour le menacer de révélations plus gênantes. Des images à caractère sexuel, des vidéos où la personne apparaît éméchée, commet un adultère ou tient des propos racistes, diffamatoires ou extraits de leurs contexte, les futurs personnalités politiques, pour peu qu’elles n’aient pas pris garde à se faire discrètes sur internet, risquent de voir leur passé resurgir de manière extrêmement gênante.


Cette épée de Damoclès ne pend pas qu’au dessus de la tête des dirigeants politiques, elle concerne presque tout utilisateur régulier des réseaux sociaux et autres plateformes de communication. Une image, une vidéo, une conversation suffisent à mettre n’importe qui face à une situation délicate vis-à-vis de sa famille ou de son employeur.


L’affaire Griveaux est en ce sens symptomatique de la déstabilisation conséquente de l’usage global et massif des réseaux sociaux où l’intimité et la publicité tendent parfois à se confondre. Une « erreur de jeunesse » ou un échange trivial dans la sphère privée peuvent rapidement devenir des contenus « viraux », et mettant en cause la personne concernée. Les années 2020, puis 2030 seront les décennies où arriveront dans le paysage politique des candidats et des responsables qui auront, dès leur jeunesse, été des usagers des réseaux sociaux et on peut craindre que ce genre d’affaires se multiplient si dès aujourd’hui celles et ceux qui exerceront les plus hautes fonctions politiques n’envisagent pas leur usage d’internet de manière critique.


Wladislas A.

InfoLine, média indépendant.

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